L'anonyme

 

L'anonyme, sous un pont de pierres délabrées

Pose une regard livide sur sa vie brisée

Il n'a plus de rêves, ses pensées se sont évaporées

Il n'est plus qu'un corps à la peau usée.

 

L'anonyme, allongé sur des bouts de cartons déchirés

Regarde de loin cette société aux sentiments évaporés

Qui l'a rejeté et privé de dignité

Qui la blessé et mis au banc des condamnés.

 

L'anonyme, sous un ciel humide

Se meurt doucement sous les regards arides

L'alcool, comme unique lipide

Noie le mot égalité de son coeur devenu insipide.

 

L'anonyme, dans les bas quartiers de brume

Par habitude, attend l'aumône sans volume

Les yeux figés sur le bitume

Il n'a plus d'espoir ni d'amertume.

 

L'anonyme, qui dégoûte et qui importune

Eloigne les pas de son être sans fortune

Sur un trottoir différent, la culpabilité devient lacune

Et l'indifférence, une attitude commune.

 

L'anonyme, ce pauvre diable

Ce soir, s'en ira sans regards aimables

Et le pont de pierres lamentables

Sera le lieu de sa délivrance délectable.

 

Il ne restera aucune trace de son passage

Le pont de pierre ne servira plus d'ancrage

Le trottoir sera libéré de son barrage

Et son absence n'entraînera aucun hommage.

L'anonyme
© 2011